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jeudi 26 janvier 2017

Le débat Hamon-Valls

 

       J'ai entendu hier soir le débat entre Valls et Hamon avec des sentiments contradictoires.
  Première réaction: Merci à Hamon de poser enfin LA grande question, celle de l'emploi.
Seconde réaction: Comment un homme de gauche peut-il supposer que l'évolution de l'emploi est commandée par la robotisation et n'est pas affectée profondément par des décisions politiques en même temps que par la découverte de nouvelles fonctions à remplir dans des sociétés où intervient massivement l'intelligence artificielle?
  Regardons le passé. Quand la France était encore un pays de paysans et de rentiers, avant la  première guerre mondiale,  prévoyait-on  la disparition des paysans constatée cinquante ans plus tard par Henri Mendras et l'arrivée massive des jeunes au bac et même à la licence , sans même mentionner le magnifique développement de la Sécurité Sociale ?La France n'est devenue industrielle qu'avec cette guerre, puis l'automobile et l'aviation , soit de 1920 à 1980; depuis la politique s'est éloignée des grandes teransformations économiques et sociales Celles-ci se révèlent maintenant: après le dépassement de l'exploitation des ressources naturelles par les industries de transformation vient le remplacement de celles-ci par ce qu'on peut appeler le développement humain, dont les principaux aspects sont la santé, l'éducation et les soins aux personnes dépendantes ou handicapées .Un quatrième secteur dont nous découvrons à peine l'importance est la sauvegarde de l'environnement et un cinquième, encore à peine perçu, la gestion de la diversité culturelle imposée par les  migrations.A ces activités nouvelles il faut évidemment ajouter la gestion des systèmes complexes qui ne peut pas se réduire  à ce  qu'on appelle le management et qui est la compréhension des expériences vécues.
   Le bilan de ces transformations est-il positif ou négatif pour l'emploi? Je m'étonne qu'on pose une telle question car la réponse dépend de nous et non pas des technologies. Même le niveau de qualification de la plupart  des emplois dépend de la répartition des responsabilités entre divers niveaux hiérarchiques . 

Toutes ces remarques, qui devraient être aussi bien connues ou mieux que les affirmations de quelques économistes, ne sont importantes à mes yeux que parce qu'elles doivent nous conduire à reconnaître qu'après la civilisation industrielle, monde de machines maintenant remplacé largement par la robotisation, l'automatisation et aussi la délocalisation, vient ce qu'on pourrait appeler l'ère des soins humains, que  je préfère appeler l'ère de l'humanisation, de la reconnaissance de la créativité humaine, qui se manifeste le mieux quand le travail consiste à augmenter la capacité des êtres humains de traiter leurs semblables comme ils voudraient être traités eux-mêmes.
  Nous n'avons pas à choisir aujourd'hui entre une société du travail et une société de subventions mais entre une société industrielle, dont il faut reconnaître la grandeur comme la violence, et une société des ressources humaines qui va du développement des connaissances à la compréhension des réponses humaines au fonctionnement de systèmes complexes.
   Je remercie Hamon d'avoir réveillé les politiques de leur sommeil      
productiviste et d'avoir ainsi réintroduit les réalités sociales et psychologiques dans le champ de la politique, mais je  regrette qu'il ne perçoive pas l'enjeu de ce grand débat historique: nous devons ouvrir notre esprit et nos décisions à une conception du travail fondée sur le respect et le développement du rapport aux êtres humains. Je n'attends rien de bon d'une politique qui ne croit pas en l'action transformatrice et volontaire des hommes.   


                                                           Alain Touraine  

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